"La suite la suite!"
La foule de mes fans hystériques (non mais y'en a au moins deux!)
La suite de l'histoire (le début est là)...
Je saisis un de ces immondes yaourt violets et lui tends, puis saisis une banane dans la corbeille. Raph me remercie en se hissant sur la pointe des pieds et en m'embrassant le haut de la tête. Je déteste quand elle fait ça.
"Je déteste quand tu fais ça.
- Pourquoi? Tu n'aimes plus que je t'embrasse?
- Comme ça non. J'ai l'impression d'avoir une chauve-souris dans les cheveux.
- Sympathique.
- Te vexe pas. Vivement que ton expérience se termine, que je ne chope plus de torticolis à chaque fois que je veux te regarder dans les yeux.
- Remarque pour moi ça ne change rien, je dois toujours me décoller le cou... T'es trop grand, je l'ai toujours dit.
- Tu rigoles, c'est toi qui es encore en pleine croissance..."
S'il y a un truc que Raphaëlle déteste, c'est qu'on la charrie sur son âge.
"J'espère que quand je vais grandir encore, bien plus que la saucisse que tu es! On verra si tu rigoles encore.
- Grande? Même boostée aux hormones de croissance tu resteras ma petite Raph d'amour, alors ne rêve pas trop...
- Ca c'est ce qu'on verra! Les indiens attaquent, protégez vos scalps!"
Et ni une ni deux, elle tend le bras et m'arrache une dizaine de cheveux. C'est son nouveau jeu.
"Aieuh!
- Hahaha, alors grand manitou, on me défie toujours?
- C'est pas parce que tu t'es intégré des gènes de mouche que tu m'échapperas!" lancé-je en me ruant à sa poursuite.
La course folle s'engage à travers toute la maison. Les courses dans la maison, c'est un peu notre marque de fabrique, à Raph et moi. On court, on s'enfuit, on crie, on se marre. C'est toujours assez flippant, même quand elle ne vivait pas au plafond: quand on court dans la maison, on a tendance à oublier que ce n'est pas la cour du lycée, et en général tout ce qui est sur notre chemin voltige: on traverse les portes en fonçant dedans, on prend appui sur les meubles ou sur les murs, tous les coups sont permis pour que celui qui pourchasse chope celui qui fuit. Depuis que Raph est au plafond, j'ai toujours l'impression d'être dans la pub, vous savez, celle où un mec et une fille courent sans se soucier de la gravité, aussi bien au plafond qu'aux murs...
"Aieuh! couine Raph en s'écroulant en se tenant le pied.
- Ah bravo! Combien de fois il va falloir que je te répète de faire gaffe aux lampes!"
La suite plus tard, peut-être...
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lundi 20 août 2007
mardi 14 août 2007
L'histoire du peuplier
"Quand on te frappe, tend l'autre joue. Et quand l'autre a la main en l'air, vise les couilles."
L'évangile selon Saint Jules
Aujourd'hui, je suis tombé sur un vallon avec des peupliers dedans. J'aime beaucoup les peupliers. Ils me rappellent toujours une petite histoire que j'ai entendue quand j'étais petit. Et là, elle m'est revenue d'un coup, alors il faut que je la raconte.
La chèvre et la pie se disputaient à propos d'un peuplier. La pie, perchée au sommet de l'arbre, soutenait avec force que les feuilles du peuplier étaient vertes, d'un beau vert émeraude, tandis que la chèvre, dans le pré sous l'arbre, rétorquait avec fracas que les feuilles du peuplier, tout le monde le savait, étaient blanches, argentées et brillantes comme la neige. La discussion s'envenima, et les deux commères finirent par se battre. La pie creva l'oeil de la chèvre, qui se vengea en encornant l'aile du volatile.
Au milieu de la bataille, l'écureuil arriva et demanda ce qu'il se passait. Les deux commères le lui dirent, et l'écureuil leur dit gravement qu'elles avaient toutes les deux raison, et que le sujet qui les occupait dépendait totalement du point de vue duquel on l'observait. D'en haut, du point de vue de la pie, le peuplier était vert, tandis que d'en bas, du point de vue de la chèvre, le peuplier était blanc. Puis l'écureuil s'en alla, laissant les deux commères dans leur triste état.
La morale, pour ceux qui ne l'auraient pas comprise, est qu'il existe souvent plusieurs points de vue sur un même sujet, et ce n'est pas parce que celui d'en face n'a pas le même que nous que celui d'en face a forcément tort.
A part ça, je vais me coucher, bonne nuit les gens!
L'évangile selon Saint Jules
Aujourd'hui, je suis tombé sur un vallon avec des peupliers dedans. J'aime beaucoup les peupliers. Ils me rappellent toujours une petite histoire que j'ai entendue quand j'étais petit. Et là, elle m'est revenue d'un coup, alors il faut que je la raconte.
L'histoire de la chèvre, de la pie et du peuplier
La chèvre et la pie se disputaient à propos d'un peuplier. La pie, perchée au sommet de l'arbre, soutenait avec force que les feuilles du peuplier étaient vertes, d'un beau vert émeraude, tandis que la chèvre, dans le pré sous l'arbre, rétorquait avec fracas que les feuilles du peuplier, tout le monde le savait, étaient blanches, argentées et brillantes comme la neige. La discussion s'envenima, et les deux commères finirent par se battre. La pie creva l'oeil de la chèvre, qui se vengea en encornant l'aile du volatile.
Au milieu de la bataille, l'écureuil arriva et demanda ce qu'il se passait. Les deux commères le lui dirent, et l'écureuil leur dit gravement qu'elles avaient toutes les deux raison, et que le sujet qui les occupait dépendait totalement du point de vue duquel on l'observait. D'en haut, du point de vue de la pie, le peuplier était vert, tandis que d'en bas, du point de vue de la chèvre, le peuplier était blanc. Puis l'écureuil s'en alla, laissant les deux commères dans leur triste état.
La morale, pour ceux qui ne l'auraient pas comprise, est qu'il existe souvent plusieurs points de vue sur un même sujet, et ce n'est pas parce que celui d'en face n'a pas le même que nous que celui d'en face a forcément tort.
A part ça, je vais me coucher, bonne nuit les gens!
mercredi 1 août 2007
Atelier d'écriture
"Allez au boulot feignasse!"
La Poulette, qui me martyrise
La Poulette, qui rentre de vacances, a estimé en passant sur mon blog que hum-hum-c'est-mou-tout-ça. Pas très inspiré le Moune ces derniers temps. Du blabla, mais rien de très consistant. Peut mieux faire, monsieur, peut mieux faire.
Quand j'ai entendu ça, je me suis recroquevillé dans un coin, et j'ai attendu la sentence. Qui n'a pas tardé. Atelier d'écriture. Elle donne un sujet, j'écris, et plus vite que ça. Remède idéal contre le manque d'inspiration: le retour à la bonne vieille méthode des rédactions du collège.
Sujet: la cohabitation dans une maison entre une personne qui vit normalement, et une autre qui vit la tête en bas, au plafond.
"Raphaëlle! A table!"
Le silence me répond. Cordialement, certes, mais ce n'est pas vraiment le problème.
"Raphaëlle!"
Au loin, dans sa chambre, un son vaguement étouffé d'un bout de bois qui tombe au sol, suivi d'un gémissement de désespoir. Je lève les yeux au ciel.
"Tiens, salut Hally!"
Le chat noir passe au-dessus de ma tête et m'ignore avec le même talent que sa maîtresse, se dirigeant droit vers sa gamelle. Qui est vide. Il se tourne vers moi et me lance un regard accusateur. Et si vous aviez déjà vu un chat persan lancer un regard accusateur suspendu à l'envers au plafond, vous sauriez qu'en général on ne peut pas s'empêcher d'avoir l'impression d'être un moins que rien.
"Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas ton maître!" tenté-je de me défendre. "C'est Raph qui doit te nourrir."
Mais mes piètres arguments ne valent pas un clou en face de l'incontestable supériorité de l'esprit félin affamé. Et cette saleté de greffier de se mettre à miauler comme un forcerné en tournant autour de ma tête, la longue queue touffue me heurtant régulièrement la tête.
"RAPH!"
Le vacarme dans la chambre continue, mais la porte ne daigne pas s'ouvrir. Je soupire en secouant la tête avec un air particulièrement exaspéré (il paraît que je le fais très bien), mais comme personne n'est là pour me voir faire, j'arrête mon cinéma et ouvre une boîte pour le chat. Qui se met à rugir littéralement, les yeux exorbités rivés sur l'immonde tambouille en cubes gélatineux. A croire qu'il n'a pas mangé depuis quinze jours, alors que son dernier repas ne date que de ce matin... Je n'arrête pas de dire à Raphaëlle de le nourrir moins, mais ce serait comme lui demander de se comporter comme un être humaine normal... Autant dire que je peux toujours rêver.
J'escalade l'escabeau et déverse le contenu de la boîte dans la gamelle en plastique collée au plafond. La viande gluante se colle contre le fond de l'assiette avec un "shmop" sonore que j'ai toujours détesté, et Hally, de son vrai nom Halley (comme la comète), se rue dessus comme si sa vie en dépendait et engloutit sa ration du soir avec des bruits de mastications qui me font remettre en question mon envie de dîner ce soir. Je range l'escabeau et tourne un peu la purée qui a déjà commencé à se solidifier. Beurk.
"Raphaëlle...
- Quoi? me répond une voix étouffée derrière la porte de sa chambre.
- A TABLE BORDEL!!
- Mais j'essaie depuis tout à l'heure, arrête de crier! Ah... Ah ça y est! J'arrive!"
Et la porte s'ouvre. Raphaëlle apparaît, la tête en bas, comme son chat, et m'offre un regard d'excuse de ses jolis yeux bleus.
Raphaëlle est étudiante à la fois en biologie et en astrophysique, et le pire, c'est qu'elle s'en sort très bien en cumulant les deux. Elle a toujours été plus que brillante. On se connaît depuis le lycée, et elle a toujours été largement devant tout le monde en classe, en particulier en sciences. On aurait dit que cela lui venait naturellement, que les équations différentielles, l'oxydo-réduction ou la physiologie cellulaire étaient aussi faciles à comprendre pour elle qu'un puzzle 3-5 ans pour nous. Certains profs en ont même fait des complexes d'infériorité, sont partis en dépression, et c'est elle qui a fini par assurer leurs cours. De l'avis de tous ceux qui l'ont rencontrée, c'est une fille d'une rare intelligence. Elle a sauté deux classes, ce qui fait qu'elle a deux ans de moins que moi. Elle aurait pu en passer plus, mais elle a décidé de ne pas le faire, pour rester avec moi. Raphaëlle s'est prise d'affection pour moi quand nous sommes rentrés en seconde, et je dois bien avouer que ça a été réciproque.
Cette année, pendant que je repasse ma troisième année de biologie, que j'ai lamentablement plantée malgré mes excellentes notes en physiologie (dues à l'aide précieuse de Raphaëlle), elle travaille d'arrache-pied à son double doctorat, qu'elle vient d'entamer. Et je dois dire que ça ne se passe pas sans heurts.
Raphaëlle et moi vivons en collocation depuis déjà quatre ans. Quand nos parents se sont aperçus qu'il était inutile d'espérer nous séparer après le lycée, et qu'ils ont été rassurés de voir que notre relation n'allait pas au delà de l'amitié, ils ont accepté de nous aider à nous installer ensemble, dans la petite maison qui appartenait à ma grand-mère, non loin du centre-ville. Raphaëlle, à seulement 19 ans, gagne déjà bien sa vie en publiant quelques articles scientifiques dans une revue, tandis que je peine à ramener assez d'argent avec mon petit boulot de serveur dans le resto arabe d'à côté. Mais l'un dans l'autre, on s'en sortait plutôt bien. Jusqu'à ce qu'elle entame ce foutu doctorat.
Je regarde ma colocataire d'un oeil sombre, et son sourire désolé s'agrandit. En général, j'ai beaucoup de mal à résister à ce sourire. Il faut dire que Raphaëlle est vraiment jolie: malgré sa blouse blanche mal repassée, ses cheveux noirs longs et ébouriffés et ses lunettes rondes, elle a un sourire à faire fondre un iceberg et des yeux magnifiques. Sans compter qu'objectivement, elle est quand même sacrément bien foutue. Mais comme je l'ai connue quand elle avait à peine treize ans, je n'ai jamais vraiment réussi à la considérer autrement que comme une amie/petite soeur, et même si elle a pas mal grandi depuis, elle reste la gamine brune qui faisait la moitié de la taille du prof de maths et qui l'a engueulé au premier cours parce qu'il expliquait la trigonométrie comme une savate.
"C'est froid, maintenant, grommelai-je en rallumant le gaz sous la casserole de purée.
- Je suis désolée, j'ai encore du mal à atteindre la poignée... Elle est plus près du sol que du plafond... Je suis trop petite.
- Pourquoi tu fermes cette porte si tu ne peux pas la rouvrir?
- Parce que je l'ai claquée tout à l'heure, tu te souviens? Quand tu m'as engueulée à cause du facteur...
- Tu n'avais qu'à ne pas aller lui ouvrir. Imagine que tu livres un paquet et qu'une nana à moitié à poil t'ouvre avec les pieds collés au plafond!
- Pas ma faute s'il avait le coeur fragile.
- C'est ça..."
Je la regarde s'asseoir au plafond sur la chaise, et la tirer vers elle. Regarder ma meilleure amie dans les yeux avec le menton à 180 degrés est une expérience des plus étranges. J'ai l'impression d'avoir dérangé une chauve-souris pendant sa sieste.
"Tu me fiches le tournis. Ca va durer encore longtemps ce cirque?
- Encore un mois ou deux. Ensuite je démagnétise tout et ce sera comme avant.
- Pfff...
- Tu es sûr, tu ne veux pas essayer?
- Ben tiens, et comment je vais à la fac après?
- Tu sais très bien que l'effet du champ s'arrête à la porte.
- Même. C'est pas... normal.
- T'es pas drôle, Tom. C'est une expérience géniale! Même Hally adore ça!
- Tu veux dire, après qu'il ait passé trois semaines aplati contre le plafond à miauler jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus?
- Il s'est habitué maintenant!
- Ouais, jusqu'à ce qu'on doive le remettre dans le bon sens... Comment c'est, déjà, le sujet de ta thèse?
- "Mécanismes physiorégulateurs d'adaptation et de biorégulation dans le cadre d'une inversion biomagnétique de gravité qui..."
- Laisse tomber, j'ai déjà mal à la tête."
Ce que ce charabia veut dire, c'est que Raphaëlle a truffé la maison de biduloïdes biotechnologiques de son invention, qui ont une puissance plus ou moins forte et qui inversent la gravité de certains objets, qu'elle a enduit plusieurs objets usuels de chlorosulfate de je-ne-sais-pas-quoi pour qu'ils soient attirés par ces champs magnétiques, qu'elle a fait installer des toilettes, un lavabo et une douche au plafond (je ne vous raconte pas l'état de nerfs dans lequel est parti le plombier chargé des travaux) et qu'elle s'est injectée un tas de machins étranges dans les veines pour qu'elle puisse tenir au plafond sans avoir le sang qui monte à la tête tout le temps. Je n'ai pas réussi à comprendre comment ça marche, mais en tout cas, ça marche: ça fait déjà un mois qu'elle vit au plafond.
"C'est prêt.
- Encore de la purée?
- Eh oh, si tu n'es pas contente, tu n'as qu'à sortir de ton chantier archéologique et venir faire la bouffe!
*shmop*, fait la purée en se collant à son assiette tendue.
- Tu es charmant ce soir, me reproche-t-elle en commençant à manger.
- Tu ne te rends pas compte à quel point c'est bizarre d'avoir quelqu'un qui marche au-dessus de sa tête.
- Je te signale que je vis la même chose: quand je te vois, j'ai l'impression que c'est TOI qui est à l'envers.
- Comment tu fais? Ca ne te rend pas dingue de vivre à l'envers?
- Au début c'était dur de s'y retrouver, mais maintenant j'ai l'impression d'être à l'endroit."
Je hausse les épaules et finis mon assiette, puis vais la laver dans l'évier. Raphaëlle finit à son tour, et me regarde d'un air implorant.
"J'ai compris, va. Yaourt à la myrtille?"
Elle acquiesce. Le frigo est la seule chose que j'ai refusé de voir changer de place.
Bon allez, je m'arrête là... Je reprendrai peut-être plus tard.
A part ça, ce soir, c'est pasta carbonara.
La Poulette, qui me martyrise
La Poulette, qui rentre de vacances, a estimé en passant sur mon blog que hum-hum-c'est-mou-tout-ça. Pas très inspiré le Moune ces derniers temps. Du blabla, mais rien de très consistant. Peut mieux faire, monsieur, peut mieux faire.
Quand j'ai entendu ça, je me suis recroquevillé dans un coin, et j'ai attendu la sentence. Qui n'a pas tardé. Atelier d'écriture. Elle donne un sujet, j'écris, et plus vite que ça. Remède idéal contre le manque d'inspiration: le retour à la bonne vieille méthode des rédactions du collège.
***
Sujet: la cohabitation dans une maison entre une personne qui vit normalement, et une autre qui vit la tête en bas, au plafond.
"Raphaëlle! A table!"
Le silence me répond. Cordialement, certes, mais ce n'est pas vraiment le problème.
"Raphaëlle!"
Au loin, dans sa chambre, un son vaguement étouffé d'un bout de bois qui tombe au sol, suivi d'un gémissement de désespoir. Je lève les yeux au ciel.
"Tiens, salut Hally!"
Le chat noir passe au-dessus de ma tête et m'ignore avec le même talent que sa maîtresse, se dirigeant droit vers sa gamelle. Qui est vide. Il se tourne vers moi et me lance un regard accusateur. Et si vous aviez déjà vu un chat persan lancer un regard accusateur suspendu à l'envers au plafond, vous sauriez qu'en général on ne peut pas s'empêcher d'avoir l'impression d'être un moins que rien.
"Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas ton maître!" tenté-je de me défendre. "C'est Raph qui doit te nourrir."
Mais mes piètres arguments ne valent pas un clou en face de l'incontestable supériorité de l'esprit félin affamé. Et cette saleté de greffier de se mettre à miauler comme un forcerné en tournant autour de ma tête, la longue queue touffue me heurtant régulièrement la tête.
"RAPH!"
Le vacarme dans la chambre continue, mais la porte ne daigne pas s'ouvrir. Je soupire en secouant la tête avec un air particulièrement exaspéré (il paraît que je le fais très bien), mais comme personne n'est là pour me voir faire, j'arrête mon cinéma et ouvre une boîte pour le chat. Qui se met à rugir littéralement, les yeux exorbités rivés sur l'immonde tambouille en cubes gélatineux. A croire qu'il n'a pas mangé depuis quinze jours, alors que son dernier repas ne date que de ce matin... Je n'arrête pas de dire à Raphaëlle de le nourrir moins, mais ce serait comme lui demander de se comporter comme un être humaine normal... Autant dire que je peux toujours rêver.
J'escalade l'escabeau et déverse le contenu de la boîte dans la gamelle en plastique collée au plafond. La viande gluante se colle contre le fond de l'assiette avec un "shmop" sonore que j'ai toujours détesté, et Hally, de son vrai nom Halley (comme la comète), se rue dessus comme si sa vie en dépendait et engloutit sa ration du soir avec des bruits de mastications qui me font remettre en question mon envie de dîner ce soir. Je range l'escabeau et tourne un peu la purée qui a déjà commencé à se solidifier. Beurk.
"Raphaëlle...
- Quoi? me répond une voix étouffée derrière la porte de sa chambre.
- A TABLE BORDEL!!
- Mais j'essaie depuis tout à l'heure, arrête de crier! Ah... Ah ça y est! J'arrive!"
Et la porte s'ouvre. Raphaëlle apparaît, la tête en bas, comme son chat, et m'offre un regard d'excuse de ses jolis yeux bleus.
Raphaëlle est étudiante à la fois en biologie et en astrophysique, et le pire, c'est qu'elle s'en sort très bien en cumulant les deux. Elle a toujours été plus que brillante. On se connaît depuis le lycée, et elle a toujours été largement devant tout le monde en classe, en particulier en sciences. On aurait dit que cela lui venait naturellement, que les équations différentielles, l'oxydo-réduction ou la physiologie cellulaire étaient aussi faciles à comprendre pour elle qu'un puzzle 3-5 ans pour nous. Certains profs en ont même fait des complexes d'infériorité, sont partis en dépression, et c'est elle qui a fini par assurer leurs cours. De l'avis de tous ceux qui l'ont rencontrée, c'est une fille d'une rare intelligence. Elle a sauté deux classes, ce qui fait qu'elle a deux ans de moins que moi. Elle aurait pu en passer plus, mais elle a décidé de ne pas le faire, pour rester avec moi. Raphaëlle s'est prise d'affection pour moi quand nous sommes rentrés en seconde, et je dois bien avouer que ça a été réciproque.
Cette année, pendant que je repasse ma troisième année de biologie, que j'ai lamentablement plantée malgré mes excellentes notes en physiologie (dues à l'aide précieuse de Raphaëlle), elle travaille d'arrache-pied à son double doctorat, qu'elle vient d'entamer. Et je dois dire que ça ne se passe pas sans heurts.
Raphaëlle et moi vivons en collocation depuis déjà quatre ans. Quand nos parents se sont aperçus qu'il était inutile d'espérer nous séparer après le lycée, et qu'ils ont été rassurés de voir que notre relation n'allait pas au delà de l'amitié, ils ont accepté de nous aider à nous installer ensemble, dans la petite maison qui appartenait à ma grand-mère, non loin du centre-ville. Raphaëlle, à seulement 19 ans, gagne déjà bien sa vie en publiant quelques articles scientifiques dans une revue, tandis que je peine à ramener assez d'argent avec mon petit boulot de serveur dans le resto arabe d'à côté. Mais l'un dans l'autre, on s'en sortait plutôt bien. Jusqu'à ce qu'elle entame ce foutu doctorat.
Je regarde ma colocataire d'un oeil sombre, et son sourire désolé s'agrandit. En général, j'ai beaucoup de mal à résister à ce sourire. Il faut dire que Raphaëlle est vraiment jolie: malgré sa blouse blanche mal repassée, ses cheveux noirs longs et ébouriffés et ses lunettes rondes, elle a un sourire à faire fondre un iceberg et des yeux magnifiques. Sans compter qu'objectivement, elle est quand même sacrément bien foutue. Mais comme je l'ai connue quand elle avait à peine treize ans, je n'ai jamais vraiment réussi à la considérer autrement que comme une amie/petite soeur, et même si elle a pas mal grandi depuis, elle reste la gamine brune qui faisait la moitié de la taille du prof de maths et qui l'a engueulé au premier cours parce qu'il expliquait la trigonométrie comme une savate.
"C'est froid, maintenant, grommelai-je en rallumant le gaz sous la casserole de purée.
- Je suis désolée, j'ai encore du mal à atteindre la poignée... Elle est plus près du sol que du plafond... Je suis trop petite.
- Pourquoi tu fermes cette porte si tu ne peux pas la rouvrir?
- Parce que je l'ai claquée tout à l'heure, tu te souviens? Quand tu m'as engueulée à cause du facteur...
- Tu n'avais qu'à ne pas aller lui ouvrir. Imagine que tu livres un paquet et qu'une nana à moitié à poil t'ouvre avec les pieds collés au plafond!
- Pas ma faute s'il avait le coeur fragile.
- C'est ça..."
Je la regarde s'asseoir au plafond sur la chaise, et la tirer vers elle. Regarder ma meilleure amie dans les yeux avec le menton à 180 degrés est une expérience des plus étranges. J'ai l'impression d'avoir dérangé une chauve-souris pendant sa sieste.
"Tu me fiches le tournis. Ca va durer encore longtemps ce cirque?
- Encore un mois ou deux. Ensuite je démagnétise tout et ce sera comme avant.
- Pfff...
- Tu es sûr, tu ne veux pas essayer?
- Ben tiens, et comment je vais à la fac après?
- Tu sais très bien que l'effet du champ s'arrête à la porte.
- Même. C'est pas... normal.
- T'es pas drôle, Tom. C'est une expérience géniale! Même Hally adore ça!
- Tu veux dire, après qu'il ait passé trois semaines aplati contre le plafond à miauler jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus?
- Il s'est habitué maintenant!
- Ouais, jusqu'à ce qu'on doive le remettre dans le bon sens... Comment c'est, déjà, le sujet de ta thèse?
- "Mécanismes physiorégulateurs d'adaptation et de biorégulation dans le cadre d'une inversion biomagnétique de gravité qui..."
- Laisse tomber, j'ai déjà mal à la tête."
Ce que ce charabia veut dire, c'est que Raphaëlle a truffé la maison de biduloïdes biotechnologiques de son invention, qui ont une puissance plus ou moins forte et qui inversent la gravité de certains objets, qu'elle a enduit plusieurs objets usuels de chlorosulfate de je-ne-sais-pas-quoi pour qu'ils soient attirés par ces champs magnétiques, qu'elle a fait installer des toilettes, un lavabo et une douche au plafond (je ne vous raconte pas l'état de nerfs dans lequel est parti le plombier chargé des travaux) et qu'elle s'est injectée un tas de machins étranges dans les veines pour qu'elle puisse tenir au plafond sans avoir le sang qui monte à la tête tout le temps. Je n'ai pas réussi à comprendre comment ça marche, mais en tout cas, ça marche: ça fait déjà un mois qu'elle vit au plafond.
"C'est prêt.
- Encore de la purée?
- Eh oh, si tu n'es pas contente, tu n'as qu'à sortir de ton chantier archéologique et venir faire la bouffe!
*shmop*, fait la purée en se collant à son assiette tendue.
- Tu es charmant ce soir, me reproche-t-elle en commençant à manger.
- Tu ne te rends pas compte à quel point c'est bizarre d'avoir quelqu'un qui marche au-dessus de sa tête.
- Je te signale que je vis la même chose: quand je te vois, j'ai l'impression que c'est TOI qui est à l'envers.
- Comment tu fais? Ca ne te rend pas dingue de vivre à l'envers?
- Au début c'était dur de s'y retrouver, mais maintenant j'ai l'impression d'être à l'endroit."
Je hausse les épaules et finis mon assiette, puis vais la laver dans l'évier. Raphaëlle finit à son tour, et me regarde d'un air implorant.
"J'ai compris, va. Yaourt à la myrtille?"
Elle acquiesce. Le frigo est la seule chose que j'ai refusé de voir changer de place.
***
Bon allez, je m'arrête là... Je reprendrai peut-être plus tard.
A part ça, ce soir, c'est pasta carbonara.
mercredi 18 juillet 2007
Et si...?
"Bronzer (vb.): action de l'être humain pendant la saison chaude de l'année qui consiste à migrer vers les endroits ensoleillés pour stimuler sa production de mélanine grâce aux rayons ultra-violets solaires. Il s'agit de rester allongé des heures en plein soleil, s'enduire de substances gluantes et sautiller de joie en constatant la différence de coloration entre la peau dissimulée par les vêtements et la peau exposée. Un bronzage bien net en septembre, mois de retour au travail, est: 1. un critère esthétique certain et 2. la preuve que l'on n'est pas encore mort du cancer de la peau."
Encyclopaedia Multiversalis Alien
"Peuple de débiles."
Note dans la marge
Et si ce qui devenait "in", c'était de ne PAS être bronzé à la rentrée?
"Salut ma chérie!
- Salut ma chérie!
- Mon dieu ma chérie... mais tu es bronzée??
- Euh... oui, un peu...
- Mais tu te rends compte que les vacances se terminent dans une semaine?
- Je sais oui...
- Et tu comptes aller travailler comme ça, avec ce... hâle?
- J'ai pas trop le choix...
- Mais comment est-ce arrivé?
- J'en sais rien, j''ai du attraper ça quand j'ai sorti les poubelles...
- Mais ma chérie, on va croire que tu t'amuses pendant l'été, que tu... que tu sors!
- Ah non, quelle idée!
- Non mais regarde-moi, j'ai le teint pâle à souhait, presque transparent! Ca c'est du blanc, du caverneux! Conséquence d'un mois de vacances à l'ombre, au frais à la maison, le plus souvent dans la cave, regarde comme c'est blafard... Et toi, regarde-toi, avec ce bronzage doré! On pourrait presque même dire que tes cheveux ont blondi à cause du soleil!
- Quelle horreur!
- Ah la la ma chérie, il va falloir remédier à tout ça! Tu imagines comme tu pourrais passer pour une... une fille qui sort de chez elle, au travail? Je ne te laisserais pas flinguer ta vie sociale pour ce vilain bronzage! Regarde, dans le dernier Elle, ils donnent une recette su-per pour se débarrasser d'un hâlage et retrouver un teint bien blême, bien blanchâtre, comme si tu venais de sortir d'un cercueil!
- Super! Ah ma chérie, qu'est-ce que je ferais sans toi!
- Allez viens ma chérie, on va s'occuper de faire de toi la reine de l'été! Au programme, teint pâle et maladif, et surtout éviter la moindre marque de maillot de bain ou de débardeur!
- J'espère bien, ce serait affreux!
- Tu l'as dit!"
Encyclopaedia Multiversalis Alien
"Peuple de débiles."
Note dans la marge
Et si ce qui devenait "in", c'était de ne PAS être bronzé à la rentrée?
"Salut ma chérie!
- Salut ma chérie!
- Mon dieu ma chérie... mais tu es bronzée??
- Euh... oui, un peu...
- Mais tu te rends compte que les vacances se terminent dans une semaine?
- Je sais oui...
- Et tu comptes aller travailler comme ça, avec ce... hâle?
- J'ai pas trop le choix...
- Mais comment est-ce arrivé?
- J'en sais rien, j''ai du attraper ça quand j'ai sorti les poubelles...
- Mais ma chérie, on va croire que tu t'amuses pendant l'été, que tu... que tu sors!
- Ah non, quelle idée!
- Non mais regarde-moi, j'ai le teint pâle à souhait, presque transparent! Ca c'est du blanc, du caverneux! Conséquence d'un mois de vacances à l'ombre, au frais à la maison, le plus souvent dans la cave, regarde comme c'est blafard... Et toi, regarde-toi, avec ce bronzage doré! On pourrait presque même dire que tes cheveux ont blondi à cause du soleil!
- Quelle horreur!
- Ah la la ma chérie, il va falloir remédier à tout ça! Tu imagines comme tu pourrais passer pour une... une fille qui sort de chez elle, au travail? Je ne te laisserais pas flinguer ta vie sociale pour ce vilain bronzage! Regarde, dans le dernier Elle, ils donnent une recette su-per pour se débarrasser d'un hâlage et retrouver un teint bien blême, bien blanchâtre, comme si tu venais de sortir d'un cercueil!
- Super! Ah ma chérie, qu'est-ce que je ferais sans toi!
- Allez viens ma chérie, on va s'occuper de faire de toi la reine de l'été! Au programme, teint pâle et maladif, et surtout éviter la moindre marque de maillot de bain ou de débardeur!
- J'espère bien, ce serait affreux!
- Tu l'as dit!"
mercredi 11 juillet 2007
Et si ça devenait vrai?
"L'écologie, c'est trop cool."
Charles Darwin
"Et voilà, vous pouvez retirer vos masques et vos combinaisons... J'espère que les requins ne vont ont pas fait trop peur.
- Dites, et si on désire se rendre sur cette île sans porter les combinaisons fournies par le Parc?
- Les requins sont spécialement dressés à attaquer tous ceux qui portent des combinaisons différentes de celles-ci.
- Ah... Et pour venir en bateau?
- Allons monsieur, vous avez bien vu que les récifs qui bordent cette île rendent tout accostage impossible!
- Et par la voie des airs?
- Nos lanceurs de missiles ont l'autorisation d'abattre sans sommation tout appareil violant notre espace aérien et pouvant faire peur à nos tortues.
- Ah quand même.
- Les parcs naturels sont devenus des zones de haute sécurité, vous le saviez non?
- Oui, bien sûr, mais je ne pensais pas que ça serait à ce point... Et les murailles là-bas, qu'est-ce que c'est?
- Les murs du Parc. C'est à l'intérieur que nos tortues vivent. Ces murailles font le tour de l'île toute entière et sont surveillées en permanence par des miradors et le chemin de garde patrouillé régulièrement. D'ailleurs c'est par ici que nous allons. Allez le groupe! Débarrassez-vous de vos combinaisons et laissez-les dans les containeurs au bord de la plage! Ensuite, nous avons une petite demie-heure de marche jusqu'aux portes principales!"
Le groupe se met en marche et parvient aux portes.
"Salut Lauren. Le groupe de l'après-midi?
- Ouaip.
- Bien. Veuillez appuyer vos mains contre le mur, pendant que mes deux collègues vont vous fouiller. Pendant ce temps, je vérifierai vos autorisations.
- Chef, chef! Celui-ci refuse de nous laisser regarder dans son sac!
- Prenez-le de force, et abattez-le s'il tente de résister. Nous avons les accréditations nécessaires: aucun matériel étranger dans l'enceinte du Parc Naturel.
- Chef! C'est un... une... une calcultatrice! Et une paire de jumelles, un ordinateur portable, un appareil photo et un appareil de géomètre!
- Monsieur, j'espère que vous avez une explication valable à la présence de ce matériel de mesure sur notre sol. Sachez que toute personne venant sur cette île avec dans l'idée de mettre en péril la nature sauvage sera sévèrement punie.
- Je... je voulais juste... regarder, et prendre des notes...
- Prendre des notes sur notre parc naturel? Avec un appareil photo, interdit dans le parc, et pire, un appareil de géomètre! Vous vouliez prendre des mesures, avouez!
- Je... OUI! Oui, j'avoue! Je veux que ce foutu parc soit noyé dans le béton! Je veux mettre la main sur cet espace privilégié pour pouvoir le transformer en résidence de milliardaire supramoderne! Je veux des piscines, des cours de squatch, des terrains de golf, des routes pour leurs ferraris! Je veux raser toute cette zone, brûler votre forêt, et éradiquer vos foutues tortues! Qu'importe leur disparition, rien ne peut s'opposer à l'Homme! En plus, pauvres larves, dans la pochette de mon ordinateur se trouve plusieurs feuilles de salade contaminée, destinée à empoisonner le maximum de vos petites protégées à carapace! Ces minables tortues ne prendront jamais les terres qui appartiennent à l'espèce dominante de la Terre!
- Monsieur, vous appartenez de facto à la classe d'individus 4. Nous allons prendre les mesures nécessaires.
- Quoi, vous allez m'arrêter? Ahaha, bande d'imbéciles, j'ai un très bon avocat! Je vous le dit, moi et ma société finirons par régner sur vos lamentables réserves de nature! Qui s'intéresse encore à des espèces en voie de disparition que nous finiront de toutes façons par éliminer? Je vais...
- Agents de sécurité du mirador C, veuillez prendre pour cible l'homme au survêtement vert qui se trouve à côté de moi.
- QUOI?? Je...
- Feu à volonté.
*ratatatatatatatatatatata*
- Incident maîtrisé. Fred, vous irez placer ce corps à la morgue. Puis vous téléphonerez au Parc des Cévennes et leur demanderez s'ils ont besoin de viande pour leurs loups. Si c'est le cas, préparez-le pour notre prochain échange. Sinon, jetez-le aux requins dès que le groupe de l'après-midi aura regagné le continent. Lauren, vous passerez dans mon bureau pour consigner l'incident.
- Bien monsieur. Allez le groupe, on va pouvoir commencer la visite! Ne vous éloignez pas des chemins, regardez bien les tortues et ne cueillez aucune fleur! Vous avez quartier libre pendant quatre heures, mais vous devez être de retour ici pour l'appel à dix-sept heures précise! Nous attendrons les retardataires encore une demie-heure, puis les forestiers recevront l'ordre de tirer à vue et vous serez considérés comme des agents ayant les mêmes opinions que feu le monsieur qui se trouvait ici. Ne touchez pas aux tortues, retenez vos enfants et profitez au maximum de cette belle journée!"
Je fais vraiment des rêves étranges...
Morphée ne perd rien pour attendre.
A part ça, ce soir je fais partie du jury pour un tiramisu.
Charles Darwin
"Et voilà, vous pouvez retirer vos masques et vos combinaisons... J'espère que les requins ne vont ont pas fait trop peur.
- Dites, et si on désire se rendre sur cette île sans porter les combinaisons fournies par le Parc?
- Les requins sont spécialement dressés à attaquer tous ceux qui portent des combinaisons différentes de celles-ci.
- Ah... Et pour venir en bateau?
- Allons monsieur, vous avez bien vu que les récifs qui bordent cette île rendent tout accostage impossible!
- Et par la voie des airs?
- Nos lanceurs de missiles ont l'autorisation d'abattre sans sommation tout appareil violant notre espace aérien et pouvant faire peur à nos tortues.
- Ah quand même.
- Les parcs naturels sont devenus des zones de haute sécurité, vous le saviez non?
- Oui, bien sûr, mais je ne pensais pas que ça serait à ce point... Et les murailles là-bas, qu'est-ce que c'est?
- Les murs du Parc. C'est à l'intérieur que nos tortues vivent. Ces murailles font le tour de l'île toute entière et sont surveillées en permanence par des miradors et le chemin de garde patrouillé régulièrement. D'ailleurs c'est par ici que nous allons. Allez le groupe! Débarrassez-vous de vos combinaisons et laissez-les dans les containeurs au bord de la plage! Ensuite, nous avons une petite demie-heure de marche jusqu'aux portes principales!"
Le groupe se met en marche et parvient aux portes.
"Salut Lauren. Le groupe de l'après-midi?
- Ouaip.
- Bien. Veuillez appuyer vos mains contre le mur, pendant que mes deux collègues vont vous fouiller. Pendant ce temps, je vérifierai vos autorisations.
- Chef, chef! Celui-ci refuse de nous laisser regarder dans son sac!
- Prenez-le de force, et abattez-le s'il tente de résister. Nous avons les accréditations nécessaires: aucun matériel étranger dans l'enceinte du Parc Naturel.
- Chef! C'est un... une... une calcultatrice! Et une paire de jumelles, un ordinateur portable, un appareil photo et un appareil de géomètre!
- Monsieur, j'espère que vous avez une explication valable à la présence de ce matériel de mesure sur notre sol. Sachez que toute personne venant sur cette île avec dans l'idée de mettre en péril la nature sauvage sera sévèrement punie.
- Je... je voulais juste... regarder, et prendre des notes...
- Prendre des notes sur notre parc naturel? Avec un appareil photo, interdit dans le parc, et pire, un appareil de géomètre! Vous vouliez prendre des mesures, avouez!
- Je... OUI! Oui, j'avoue! Je veux que ce foutu parc soit noyé dans le béton! Je veux mettre la main sur cet espace privilégié pour pouvoir le transformer en résidence de milliardaire supramoderne! Je veux des piscines, des cours de squatch, des terrains de golf, des routes pour leurs ferraris! Je veux raser toute cette zone, brûler votre forêt, et éradiquer vos foutues tortues! Qu'importe leur disparition, rien ne peut s'opposer à l'Homme! En plus, pauvres larves, dans la pochette de mon ordinateur se trouve plusieurs feuilles de salade contaminée, destinée à empoisonner le maximum de vos petites protégées à carapace! Ces minables tortues ne prendront jamais les terres qui appartiennent à l'espèce dominante de la Terre!
- Monsieur, vous appartenez de facto à la classe d'individus 4. Nous allons prendre les mesures nécessaires.
- Quoi, vous allez m'arrêter? Ahaha, bande d'imbéciles, j'ai un très bon avocat! Je vous le dit, moi et ma société finirons par régner sur vos lamentables réserves de nature! Qui s'intéresse encore à des espèces en voie de disparition que nous finiront de toutes façons par éliminer? Je vais...
- Agents de sécurité du mirador C, veuillez prendre pour cible l'homme au survêtement vert qui se trouve à côté de moi.
- QUOI?? Je...
- Feu à volonté.
*ratatatatatatatatatatata*
- Incident maîtrisé. Fred, vous irez placer ce corps à la morgue. Puis vous téléphonerez au Parc des Cévennes et leur demanderez s'ils ont besoin de viande pour leurs loups. Si c'est le cas, préparez-le pour notre prochain échange. Sinon, jetez-le aux requins dès que le groupe de l'après-midi aura regagné le continent. Lauren, vous passerez dans mon bureau pour consigner l'incident.
- Bien monsieur. Allez le groupe, on va pouvoir commencer la visite! Ne vous éloignez pas des chemins, regardez bien les tortues et ne cueillez aucune fleur! Vous avez quartier libre pendant quatre heures, mais vous devez être de retour ici pour l'appel à dix-sept heures précise! Nous attendrons les retardataires encore une demie-heure, puis les forestiers recevront l'ordre de tirer à vue et vous serez considérés comme des agents ayant les mêmes opinions que feu le monsieur qui se trouvait ici. Ne touchez pas aux tortues, retenez vos enfants et profitez au maximum de cette belle journée!"
***
Je fais vraiment des rêves étranges...
Morphée ne perd rien pour attendre.
A part ça, ce soir je fais partie du jury pour un tiramisu.
samedi 7 juillet 2007
Fantasy
"Par le marteau de Moradin..."
Le Nain qui nous fait buter des rats pour 5 pièces d'or, au début de Baldur's Gate
Il observait son ennemi, les yeux plissés. Il sentit une goutte de sueur tiède et poisseuse ruisseler le long de sa tempe. Ses mains se crispèrent sur le manche de son arme, et une ampoule éclata sous ses gants épais. Ils approchaient du dénouement du combat, ils le savaient tous deux.
Le combattant défia du regard son adversaire, qui lui répondit par un silence méprisant. Ses longs tentacules gisaient, brisés, sur le sol dévasté ; seuls un ou deux le maintenaient encore en vie désormais. La hache du guerrier faisait des ravages, malgré les tentatives de plus en plus désespérées du monstre pour les bloquer de ses membres épais recouverts d'un solide épiderme, contre lequel l'arme rebondissait en entamant à peine la chair.
Le soleil cuisait le dos nu du combattant, qui sentait sa résolution faiblir face au regard inexpressif du monstre épineux. Deux longues balafres sur son épaule témoignaient des avanies que pouvaient faire subir pareilles créatures à ceux qui étaient assez fous ou braves pour s'y attaquer. Le combattant en avait déjà abattu deux, mais ce troisième monstre les dépassait de loin en opiniâtreté et en fourberie. De nombreux coups de haches avaient rebondi contre son corps et failli éborgner le guerrier pourtant aguerri.
Dans un puissant cri de guerre, le guerrier attaqua et porta violemment deux coups de hache, dont l'un entama l'un des tentacules restants. Le monstre tressaillit, mais retint son cri de souffrance. Un sourire ourla les lèvres sèches du guerrier. Le monstre se recroquevilla, préparé à l'assaut final. Il savait la bataille perdue: malgré les blessures qu'il avait infligées au guerrier et la fatigue que son adversaire devait ressentir, il sentait bien qu'il allait mourir. Le combattant leva sa hache et trancha d'un coup puissant l'avant-dernier tentacule. Le monstre tenait bon, il ne s'était pas encore effondré malgré ses tremblements incontrôlés.
Le guerrier chercha du regard le dernier pseudopode, et le trouva enfin. Le monstre avait gardé un ultime tour dans son sac: le tentacule restant se trouvait derrière son corps, contre le mur contre lequel il était acculé, et rien ne le forcerait à changer de position. Le dernier tentacule était pratiquement inaccessible avec l'arme du guerrier, dont l'élan serait presque à chaque coup arrêtée par ses membres épais et durs, même en tournant autour de son adversaire.
La rage et la folie envahirent l'esprit du guerrier, qui se transforma brusquement en berserker, barbare sous le coup d'une furie sanguinaire. Son regard flamboya et le monstre, malgré sa fierté, ne put s'empêcher de se recroqueviller davantage. Avide de souffrance et de destruction, la hache fendit l'air, heurtant avec violence l'épiderme solide de la créature, arrachant de larges morceaux des membres chitineux du monstre. Mais malgré quelques coups qui éraflèrent par chance le dernier tentacule, ce dernier resta hors de portée du guerrier.
La tempête se calma dans l'esprit fatigué du héros, et sa hache s'abaissa. Il jeta un regard las à son ennemi ancestral, considéra les deux membres de son espèce qu'il avait déjà abattus, puis ses yeux s'arrêtèrent sur les quatre monstres restants, qui avaient observé, narquois, le combat de l'homme sans intervenir. Le barbare soupira et jeta son arme au sol.
"Je vous finirai plus tard, saloperies de pyracanthas", grogna-t-il.
Les ignobles monstres végétaux soupirèrent de concert et raillèrent en frémissant de contentement le solide guerrier qui s'était avoué vaincu.
"La ramenez pas trop quand même, sourit le combattant en s'éloignant. Tout à l'heure, ajouta-t-il en se tournant vers le monstre pratiquement mort, je t'achève en te tirant avec le treuil. Tu ne me résisteras pas bien longtemps."
Le guerrier partit dans un grand rire se rafraîchir et conter ses aventures à quelque barde de passage, laissant les monstres à leur désarroi et leur frayeur.
A part ça, un pyracantha c'est ça:
Le Nain qui nous fait buter des rats pour 5 pièces d'or, au début de Baldur's Gate
Il observait son ennemi, les yeux plissés. Il sentit une goutte de sueur tiède et poisseuse ruisseler le long de sa tempe. Ses mains se crispèrent sur le manche de son arme, et une ampoule éclata sous ses gants épais. Ils approchaient du dénouement du combat, ils le savaient tous deux.
Le combattant défia du regard son adversaire, qui lui répondit par un silence méprisant. Ses longs tentacules gisaient, brisés, sur le sol dévasté ; seuls un ou deux le maintenaient encore en vie désormais. La hache du guerrier faisait des ravages, malgré les tentatives de plus en plus désespérées du monstre pour les bloquer de ses membres épais recouverts d'un solide épiderme, contre lequel l'arme rebondissait en entamant à peine la chair.
Le soleil cuisait le dos nu du combattant, qui sentait sa résolution faiblir face au regard inexpressif du monstre épineux. Deux longues balafres sur son épaule témoignaient des avanies que pouvaient faire subir pareilles créatures à ceux qui étaient assez fous ou braves pour s'y attaquer. Le combattant en avait déjà abattu deux, mais ce troisième monstre les dépassait de loin en opiniâtreté et en fourberie. De nombreux coups de haches avaient rebondi contre son corps et failli éborgner le guerrier pourtant aguerri.
Dans un puissant cri de guerre, le guerrier attaqua et porta violemment deux coups de hache, dont l'un entama l'un des tentacules restants. Le monstre tressaillit, mais retint son cri de souffrance. Un sourire ourla les lèvres sèches du guerrier. Le monstre se recroquevilla, préparé à l'assaut final. Il savait la bataille perdue: malgré les blessures qu'il avait infligées au guerrier et la fatigue que son adversaire devait ressentir, il sentait bien qu'il allait mourir. Le combattant leva sa hache et trancha d'un coup puissant l'avant-dernier tentacule. Le monstre tenait bon, il ne s'était pas encore effondré malgré ses tremblements incontrôlés.
Le guerrier chercha du regard le dernier pseudopode, et le trouva enfin. Le monstre avait gardé un ultime tour dans son sac: le tentacule restant se trouvait derrière son corps, contre le mur contre lequel il était acculé, et rien ne le forcerait à changer de position. Le dernier tentacule était pratiquement inaccessible avec l'arme du guerrier, dont l'élan serait presque à chaque coup arrêtée par ses membres épais et durs, même en tournant autour de son adversaire.
La rage et la folie envahirent l'esprit du guerrier, qui se transforma brusquement en berserker, barbare sous le coup d'une furie sanguinaire. Son regard flamboya et le monstre, malgré sa fierté, ne put s'empêcher de se recroqueviller davantage. Avide de souffrance et de destruction, la hache fendit l'air, heurtant avec violence l'épiderme solide de la créature, arrachant de larges morceaux des membres chitineux du monstre. Mais malgré quelques coups qui éraflèrent par chance le dernier tentacule, ce dernier resta hors de portée du guerrier.
La tempête se calma dans l'esprit fatigué du héros, et sa hache s'abaissa. Il jeta un regard las à son ennemi ancestral, considéra les deux membres de son espèce qu'il avait déjà abattus, puis ses yeux s'arrêtèrent sur les quatre monstres restants, qui avaient observé, narquois, le combat de l'homme sans intervenir. Le barbare soupira et jeta son arme au sol.
"Je vous finirai plus tard, saloperies de pyracanthas", grogna-t-il.
Les ignobles monstres végétaux soupirèrent de concert et raillèrent en frémissant de contentement le solide guerrier qui s'était avoué vaincu.
"La ramenez pas trop quand même, sourit le combattant en s'éloignant. Tout à l'heure, ajouta-t-il en se tournant vers le monstre pratiquement mort, je t'achève en te tirant avec le treuil. Tu ne me résisteras pas bien longtemps."
Le guerrier partit dans un grand rire se rafraîchir et conter ses aventures à quelque barde de passage, laissant les monstres à leur désarroi et leur frayeur.
A part ça, un pyracantha c'est ça:
PS: finalement le monstre est mort, j'avais bien plus entamé la dernière racine que ce que je pensais, mon beau-père l'a à peine touché qu'il est parti. Par contre celui d'après m'a enfoncé une épine de deux centimètres dans le pied, traversant la chaussure et tout. Il a fallu la découper (la chaussure). Bon c'est vrai que je lui avais flanqué un coup de pied pour voir s'il tenait encore, mais même. Une telle agression sera punie par une transformation en copeaux. Saloperies de pyracanthas.
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