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mardi 7 août 2007

Ptite vidéo du soir



Merci à l'Elfe... Je te la chourre sans aucun scrupule.

Au passage... OUI, le DJ est extrêmement beau.

Journée de meeeeeerde

"Il aimait les femmes comme il aimait l'alcool: il ne pouvait plus s'en passer, mais ça finissait toujours par lui coller la migraine."
Sacha Guitry

Je viens de vivre une journée plus qu'éprouvante pour mes nerfs et mon moral. Et comme je suis crevé, je vais résumer avec une conversation némessène avec la Poulette. L'essentiel y est.

Poulette :
alors vas-y raconte
Moune :
ben hier ça allait, j'ai commencé les journées avec trois points par jour, je vais chercher les tortues à 8h, 11h et 15h, tranquille, je gère
Moune :
aujourd'hui...
Moune :
le matin ça allait
Moune :
l'aprem je devais faire en plus les quatre tortues dont s'occupe ma maîtresse de stage, qui avait une réunion
Moune :
et c'est évidemment à ce moment que l'orage a éclaté
Poulette :
oh
Moune :
j'ai fini trempé comme une soupe au milieu des branches, dégoulinant de boue, de sueur et de flotte, à chercher des tortues qui se carapataient à cause de la pluie et des éclairs, donc dont le signal bougeait tout le temps
Moune :
ma maîtresse de stage a dit par texto qu'on devait quand même essayer de les suivre
Poulette :
mdr
Moune :
suite à ça mon portable a été inondé, et il ne marche plus (la haaaaiiiine!!)
Moune :
j'ai fini par abandonner quand un éclair est tombé à dix mètres de moi
Moune :
j'ai entrevu le visage de mon ex et j'ai cru que j'allais mourir
Moune :
mais en fait non
Moune :
ensuite retour à la voiture sous la pluie battante, j'ai réussi à faire démarrer la bagnole pourrie (on l'appelle le taxi brousse) pour aller récupérer l'autre stagiaire plus bas dans la colline
Moune :
je me gourre de route (normal)
Poulette :
un éclair a dix metre de toi ?
Poulette :
ouah (là j'ai vaguement l'impression qu'elle ne me croit pas... pourtant j'exagère à peine!)
Moune :
je fais toute une descente en marche arrière sur un chemin de terre qui glisse
Moune :
je me retrouve à l'endroit où je devais retrouver l'autre stagiaire
Moune :
manque de bol, je devais la biper
Moune :
sans portable = échec critique
Moune :
j'ai hurlé son nom sous la pluie pendant une demi heure, ça faisait très film romantique (Adrieeeeeenne!! ...sauf que c'était pas ça comme nom)
Moune :
ensuite elle est arrivée (elle ne m'avait pas entendue...), et retour à la maison
Poulette :
mdrrrr
Moune :
c'était... comment dire... horrible ^^
Moune :
et demain vu qu'elles (les tortues) auront toutes bougé, on va galérer pour les retrouver
Moune :
sans compter que je vais peut-être bosser ce week end
Moune :
parce qu'il faut cinq jours de relevés de suite sans orage
Moune :
donc là ce qu'on a fait hier et aujourd'hui, apparemment ça ne sert à rien
Moune :
super journée quoi...
Poulette :
oh putain
Poulette :
eh beh
Poulette :
pas debol
Poulette :
jvois aps quoi dire dautre

Moi non plus.

Ma vie est géniale.

A part ça, je me demande comment je vais me réveiller demain sans réveil...

dimanche 5 août 2007

La nuit du conte

"Nasruddin et Mustafa trouvent 10 dinhars. Mustafa dit: "Partageons en frères!" Nasruddin répond: "je préfèrerais faire moitié moitié..."
Jihad Darwiche, le conteur d'hier soir

Hier, j'étais à la nuit du conte de Gardanne. Et histoire faire râler J&S&M, qui m'ont lâchement abandonné tout seul au milieu de plein de gens que mon agoraphobie a difficilement supportés, c'était troooop bien.

Le plein air, la scène joliment éclairée, la nuit belle et dégagée remplie d'étoiles filantes, l'air pas trop froid même à 2h du matin, les accords du oud et surtout, les histoire de Jihad, Leïla, Jean et Nourdine. Les petites histoires de Nasruddin, le sage fou, à raconter par cinq sinon ça porte malheur ; les babouches d'Abou Kassem, lourdes comme un invité qui s'incruste ; Ali Shar le mauvais amant et la belle et brillante Zumurrud ; les apocryphes chrétiennes du Rouge Gorge ou du Quatrième Roi Mage chantées avec le oud ; Hassan et sa soeur monstrueuse ; Hassan (un autre), les trois Paroles et la question de la princesse ; Mi Moitié et les Ogres ; le roi amoureux d'une étoile ou Jaffar le Vizir et la Malle du Fleuve... Que des jolies histoires, dont j'ai déjà oublié pas mal de détails mais que j'essaierai de retranscrire dans la semaine, si j'ai le temps. L'ambiance des contes d'orient, avec des conteurs et musiciens talentueux, une belle mise en scène et un joli ciel étoilé...

Que du bonheur. Je passe sur la rosée qui a imbibé mon plaid et sur les commentaires qui ne faisaient rire qu'eux du couple bruyant de devant, ainsi que sur l'autre blaireau et son portable qui sonne au milieu d'un conte, alors qu'il avait été précisé plusieurs fois d'éteindre les téléphones...

A part ça, le fromage de mon oncle, il déchire sa race aux pingouins.

samedi 4 août 2007

Chroniques haineuses

"La haine et l'amour sont les deux faces d'une même pièce. Mais avec la poisse que je me paye, ça retombe toujours sur la tranche."
Charles VI



(c'est nul mais j'assume)

La haine est un sentiment très rigolo. Ca permet de s'imaginer en train de foutre des grosses beignes aux mamies-au-cabas qui nous passent devant au supermarché, ou de tataner la gueule au gros-lourd-qui-fait-des-blagues-et-qui-pince-les-fesses aux mariages. J'avoue que j'y succombe de temps à autre en gueulant devant ma soeur et/ou mon cousin à la limite entre la terreur et l'amusement des imprécations haineuses à l'encontre de catégories de personnes que j'ai personnellement beaucoup de mal à supporter.

Par exemple, j'ai régulièrement envie de rentrer dans les voitures des connards qui ne mettent pas leurs clignotants aux ronds points. Ou alors de freiner d'un coup sec quand des pauvres nazes me collent sur la route à quatre centimètres de distance, de descendre de ma voiture et de leur écraser le nez sur leur volant.

J'exècre abominablement les hypocrites qui pètent plus haut que leur cul et prétendent que dès que c'est connu, ça devient naze et kheumercial. J'imagine bien les artistes qui deviennent connus grâce à leurs compositions qui sortent un peu de l'ordinaire, se dire dès qu'ils ont enfin acquis un public qui aime ce qu'ils font "tiens, maintenant qu'on est connus il faut faire de la merde, sinon les gens vont partir". C'est d'une logique impressionnante. Qu'une armée de psychopathes armés de tronçonneuses s'occupe de ce tas de pédants débiles!

Je vomis les supporters qui n'ont rien de plus constructif à faire que de se passionner pour un sport vulgaire et primitif en se dandinant sur leurs canapés, et j'ai toujours une dent contre les pubs qui mettaient en scène des hommes qui abandonnaient leur amoureuse au cours d'un dîner romantique en prétextant un coup de fil important pour aller voir le but sur leur portable. Que des lavabos cannibales déchiquètent les concepteurs de pub en temps de coup du monde, et que des incendies éclatent sous les canapés tâchés de sueur de ces connards de supporters!

Je hais les gens qui ne savent pas distinguer l'oeuvre de l'artiste, qui sont capables de dialogues du genre:
"Tiens, ça j'aime bien.
- C'est ***** qui l'a fait.
- Ah. Ah non, c'est d'la merde en fait."
Que des lemmings vampires sucent jusqu'à la moelle de leurs os!

Et dans un style moins intellectuel, je crève d'envie de casser la gueule aux boulets qui interpellent les nanas avec des phrases de la teneur de "ouah mademouaselle z'êtes trop charmante!". Qu'une météorite que même Bruce Willis ne pourrait arrêter s'écrase sur leur tête pourrie!

J'execre les bureaucrates de la poste ou des secrétariats de fac qui jubilent de leur petit pouvoir et me parlent comme si j'étais un moins que rien qui ne fait que les déranger pendant une occupation de la plus haute importance (comme consulter leurs mails ou touiller leur café). Que la foudre les transforme en steaks trop cuits!

Je hais les connards qui mettent leur musique de merde à fond dans leur voiture-tuning en ville pour que tout le monde ait conscience de leurs lamentables goûts musicaux. Je voudrais que des quinze tonnes fous les réduisent en miettes!

Je hais les débiles qui jettent leurs papiers gras par terre.

Je hais les femmes qui mettent des talons hauts, qui en souffrent mais qui les mettent quand même.

Je hais ceux qui lèvent les yeux au ciel quand leurs potes ont trop bu.

Je hais ceux qui bouchent les toilettes publiques avec des tonnes de papier.

Je hais ceux qui corrigent (mal) les fautes d'orthographe sur des graffitis (déjà que j'aime pas les graffitis...). Dans le genre "ta oublier un "s" gro naz apprand a ékrir!!!!!!"

Mais ma haine va d'abord et avant tout à une seule personne, une unique créature aussi stupide qu'immoral, un monstre de niaiserie crétine: je hais Cupidon. Lui et toute sa clique de coeurs, de fleurs, de rose bonbon et de coups de foudre. Je le hais, lui, ses coeurs boursouflés et écarlates, ses flèches aléatoires, ses joues rose de bébé obèse et sa Saint Valentin qui pue du cul ("Valentiiin je rote ton nooom!!" copyright Maliki). Je rêve de lui écraser sa sale tête de bébé joufflu dans une porte, de lui arracher les ongles et les yeux et de les lui faire bouffer, de lui plumer les ailes et de foutre les plumes dans son cul...

Il paraît que c'est plus facile de personnaliser les sentiments et les idées qu'on déteste. Cupidon représente les filles qui disent "nan mais tu vois je préfère qu'on reste amis", les marchands de carte de la Saint Valentin, les heures passées à se prendre la tête sur un simple message en se demandant ce que la nana veut dire et en la trouvant le lendemain en train de sortir avec notre meilleur ami, les couples qui se bavent dans la bouche l'un de l'autre au milieu de la rue ou au bar, et les connards (ou connasses) qui quittent leur nana/mec pour un(e) autre en se justifiant à coup de "mais je l'aime!"

Bref, tir groupé.

Poule!

*BLAM*

A part ça... Rhaaa, ça fait du bien.

La remasterisation, ça pue

"Non le chat, tu montes pas sur la table. C'est un privilège réservé aux femelles Homo sapiens bien foutues et courtement vêtues aux tendances exhibitionnistes."
Moi qui fais l'éducation des chats.



Hier, grâce à ma soeur qui a ses entrées au centre aéré du village (enfin elle y bosse quoi), j'ai pu regarder la Belle et la Bête en DVD, version remasterisée et tout et tout. Avec une nouvelle scène, même.

Et ben c'était nul à chier.

Donc attention, post subversif, je m'attaque aux trusts capitalistes qui démolissent nos rêves d'enfants en transformant les chefs d'oeuvre d'hier en nullités kheumerciales.

Le truc qui tue, déjà, c'est la couleur. Avant, quand on était petits, le début était flippant parce que la Bête se fondait vachement avec le décor, l'obscurité et tout, dans la scène du cachot. Maintenant, sa cape est rouge vif et on ne voit que ça. Le problème de la remasterisation, c'est que les personnages semblent posés sur le décor. Genre on dessine le château, et puis on balance dessus les personnages animés: on dirait qu'il n'y a aucun lien entre les deux, qu'ils jouent sur un fond vert et qu'on a rajouté le décor après. Or, les films de Disney ne sont pas sensés ressembler aux superproductions blindées d'effets spéciaux.

Bon déjà ça, ça m'énerve. Mais alors le pire qu'ils ont osé faire, c'est la voix de Mrs Samovar (et dans une moindre mesure, celle de Zip qui change de temps en temps). Mrs Samovar avait une voix de nana sympa mais ferme avec des intonations bien rassurantes... Maintenant elle a une voix de chèvre atteinte de Parkinson, genre grand-mère bien gentille à la voix chevrotante et un peu étouffée, comme si elle avait perpétuellement du fromage de chèvre sous la langue. Alors déjà quand elle parle c'est pénible... Mais alors quand elle chante! J'ai failli me barrer de devant mon dessin animé préféré, c'est dire. La chanson qui tue tout, qui devient un truc affreux et difforme...

Ils ont assassiné la Belle et la Bête, dans ce DVD. Ma VHS a encore de très beaux jours devant elle.

A part ça, selon ma soeur et la Poulette, Gaston est un homosexuel refoulé.

jeudi 2 août 2007

Information

"Le savoir distingue l'homme de la bête: la bête, elle, sait qu'elle est une bête."
Socrate

Dans les Cévennes, le hameau de la Picharlerie a été rasé par son propriétaire. Dit comme ça, on s'en fout. Mais en vrai, c'est dégueulasse. Allez lire ici.

A part ça, 'tain ça m'éneeeeeeerve.

mercredi 1 août 2007

Atelier d'écriture

"Allez au boulot feignasse!"
La Poulette, qui me martyrise

La Poulette, qui rentre de vacances, a estimé en passant sur mon blog que hum-hum-c'est-mou-tout-ça. Pas très inspiré le Moune ces derniers temps. Du blabla, mais rien de très consistant. Peut mieux faire, monsieur, peut mieux faire.

Quand j'ai entendu ça, je me suis recroquevillé dans un coin, et j'ai attendu la sentence. Qui n'a pas tardé. Atelier d'écriture. Elle donne un sujet, j'écris, et plus vite que ça. Remède idéal contre le manque d'inspiration: le retour à la bonne vieille méthode des rédactions du collège.

***

Sujet: la cohabitation dans une maison entre une personne qui vit normalement, et une autre qui vit la tête en bas, au plafond.

"Raphaëlle! A table!"

Le silence me répond. Cordialement, certes, mais ce n'est pas vraiment le problème.

"Raphaëlle!"

Au loin, dans sa chambre, un son vaguement étouffé d'un bout de bois qui tombe au sol, suivi d'un gémissement de désespoir. Je lève les yeux au ciel.

"Tiens, salut Hally!"

Le chat noir passe au-dessus de ma tête et m'ignore avec le même talent que sa maîtresse, se dirigeant droit vers sa gamelle. Qui est vide. Il se tourne vers moi et me lance un regard accusateur. Et si vous aviez déjà vu un chat persan lancer un regard accusateur suspendu à l'envers au plafond, vous sauriez qu'en général on ne peut pas s'empêcher d'avoir l'impression d'être un moins que rien.

"Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas ton maître!" tenté-je de me défendre. "C'est Raph qui doit te nourrir."

Mais mes piètres arguments ne valent pas un clou en face de l'incontestable supériorité de l'esprit félin affamé. Et cette saleté de greffier de se mettre à miauler comme un forcerné en tournant autour de ma tête, la longue queue touffue me heurtant régulièrement la tête.

"RAPH!"

Le vacarme dans la chambre continue, mais la porte ne daigne pas s'ouvrir. Je soupire en secouant la tête avec un air particulièrement exaspéré (il paraît que je le fais très bien), mais comme personne n'est là pour me voir faire, j'arrête mon cinéma et ouvre une boîte pour le chat. Qui se met à rugir littéralement, les yeux exorbités rivés sur l'immonde tambouille en cubes gélatineux. A croire qu'il n'a pas mangé depuis quinze jours, alors que son dernier repas ne date que de ce matin... Je n'arrête pas de dire à Raphaëlle de le nourrir moins, mais ce serait comme lui demander de se comporter comme un être humaine normal... Autant dire que je peux toujours rêver.

J'escalade l'escabeau et déverse le contenu de la boîte dans la gamelle en plastique collée au plafond. La viande gluante se colle contre le fond de l'assiette avec un "shmop" sonore que j'ai toujours détesté, et Hally, de son vrai nom Halley (comme la comète), se rue dessus comme si sa vie en dépendait et engloutit sa ration du soir avec des bruits de mastications qui me font remettre en question mon envie de dîner ce soir. Je range l'escabeau et tourne un peu la purée qui a déjà commencé à se solidifier. Beurk.

"Raphaëlle...
- Quoi? me répond une voix étouffée derrière la porte de sa chambre.
- A TABLE BORDEL!!
- Mais j'essaie depuis tout à l'heure, arrête de crier! Ah... Ah ça y est! J'arrive!"

Et la porte s'ouvre. Raphaëlle apparaît, la tête en bas, comme son chat, et m'offre un regard d'excuse de ses jolis yeux bleus.

Raphaëlle est étudiante à la fois en biologie et en astrophysique, et le pire, c'est qu'elle s'en sort très bien en cumulant les deux. Elle a toujours été plus que brillante. On se connaît depuis le lycée, et elle a toujours été largement devant tout le monde en classe, en particulier en sciences. On aurait dit que cela lui venait naturellement, que les équations différentielles, l'oxydo-réduction ou la physiologie cellulaire étaient aussi faciles à comprendre pour elle qu'un puzzle 3-5 ans pour nous. Certains profs en ont même fait des complexes d'infériorité, sont partis en dépression, et c'est elle qui a fini par assurer leurs cours. De l'avis de tous ceux qui l'ont rencontrée, c'est une fille d'une rare intelligence. Elle a sauté deux classes, ce qui fait qu'elle a deux ans de moins que moi. Elle aurait pu en passer plus, mais elle a décidé de ne pas le faire, pour rester avec moi. Raphaëlle s'est prise d'affection pour moi quand nous sommes rentrés en seconde, et je dois bien avouer que ça a été réciproque.

Cette année, pendant que je repasse ma troisième année de biologie, que j'ai lamentablement plantée malgré mes excellentes notes en physiologie (dues à l'aide précieuse de Raphaëlle), elle travaille d'arrache-pied à son double doctorat, qu'elle vient d'entamer. Et je dois dire que ça ne se passe pas sans heurts.

Raphaëlle et moi vivons en collocation depuis déjà quatre ans. Quand nos parents se sont aperçus qu'il était inutile d'espérer nous séparer après le lycée, et qu'ils ont été rassurés de voir que notre relation n'allait pas au delà de l'amitié, ils ont accepté de nous aider à nous installer ensemble, dans la petite maison qui appartenait à ma grand-mère, non loin du centre-ville. Raphaëlle, à seulement 19 ans, gagne déjà bien sa vie en publiant quelques articles scientifiques dans une revue, tandis que je peine à ramener assez d'argent avec mon petit boulot de serveur dans le resto arabe d'à côté. Mais l'un dans l'autre, on s'en sortait plutôt bien. Jusqu'à ce qu'elle entame ce foutu doctorat.

Je regarde ma colocataire d'un oeil sombre, et son sourire désolé s'agrandit. En général, j'ai beaucoup de mal à résister à ce sourire. Il faut dire que Raphaëlle est vraiment jolie: malgré sa blouse blanche mal repassée, ses cheveux noirs longs et ébouriffés et ses lunettes rondes, elle a un sourire à faire fondre un iceberg et des yeux magnifiques. Sans compter qu'objectivement, elle est quand même sacrément bien foutue. Mais comme je l'ai connue quand elle avait à peine treize ans, je n'ai jamais vraiment réussi à la considérer autrement que comme une amie/petite soeur, et même si elle a pas mal grandi depuis, elle reste la gamine brune qui faisait la moitié de la taille du prof de maths et qui l'a engueulé au premier cours parce qu'il expliquait la trigonométrie comme une savate.

"C'est froid, maintenant, grommelai-je en rallumant le gaz sous la casserole de purée.
- Je suis désolée, j'ai encore du mal à atteindre la poignée... Elle est plus près du sol que du plafond... Je suis trop petite.
- Pourquoi tu fermes cette porte si tu ne peux pas la rouvrir?
- Parce que je l'ai claquée tout à l'heure, tu te souviens? Quand tu m'as engueulée à cause du facteur...
- Tu n'avais qu'à ne pas aller lui ouvrir. Imagine que tu livres un paquet et qu'une nana à moitié à poil t'ouvre avec les pieds collés au plafond!
- Pas ma faute s'il avait le coeur fragile.
- C'est ça..."

Je la regarde s'asseoir au plafond sur la chaise, et la tirer vers elle. Regarder ma meilleure amie dans les yeux avec le menton à 180 degrés est une expérience des plus étranges. J'ai l'impression d'avoir dérangé une chauve-souris pendant sa sieste.

"Tu me fiches le tournis. Ca va durer encore longtemps ce cirque?
- Encore un mois ou deux. Ensuite je démagnétise tout et ce sera comme avant.
- Pfff...
- Tu es sûr, tu ne veux pas essayer?
- Ben tiens, et comment je vais à la fac après?
- Tu sais très bien que l'effet du champ s'arrête à la porte.
- Même. C'est pas... normal.
- T'es pas drôle, Tom. C'est une expérience géniale! Même Hally adore ça!
- Tu veux dire, après qu'il ait passé trois semaines aplati contre le plafond à miauler jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus?
- Il s'est habitué maintenant!
- Ouais, jusqu'à ce qu'on doive le remettre dans le bon sens... Comment c'est, déjà, le sujet de ta thèse?
- "Mécanismes physiorégulateurs d'adaptation et de biorégulation dans le cadre d'une inversion biomagnétique de gravité qui..."
- Laisse tomber, j'ai déjà mal à la tête."

Ce que ce charabia veut dire, c'est que Raphaëlle a truffé la maison de biduloïdes biotechnologiques de son invention, qui ont une puissance plus ou moins forte et qui inversent la gravité de certains objets, qu'elle a enduit plusieurs objets usuels de chlorosulfate de je-ne-sais-pas-quoi pour qu'ils soient attirés par ces champs magnétiques, qu'elle a fait installer des toilettes, un lavabo et une douche au plafond (je ne vous raconte pas l'état de nerfs dans lequel est parti le plombier chargé des travaux) et qu'elle s'est injectée un tas de machins étranges dans les veines pour qu'elle puisse tenir au plafond sans avoir le sang qui monte à la tête tout le temps. Je n'ai pas réussi à comprendre comment ça marche, mais en tout cas, ça marche: ça fait déjà un mois qu'elle vit au plafond.

"C'est prêt.
- Encore de la purée?
- Eh oh, si tu n'es pas contente, tu n'as qu'à sortir de ton chantier archéologique et venir faire la bouffe!
*shmop*, fait la purée en se collant à son assiette tendue.
- Tu es charmant ce soir, me reproche-t-elle en commençant à manger.
- Tu ne te rends pas compte à quel point c'est bizarre d'avoir quelqu'un qui marche au-dessus de sa tête.
- Je te signale que je vis la même chose: quand je te vois, j'ai l'impression que c'est TOI qui est à l'envers.
- Comment tu fais? Ca ne te rend pas dingue de vivre à l'envers?
- Au début c'était dur de s'y retrouver, mais maintenant j'ai l'impression d'être à l'endroit."

Je hausse les épaules et finis mon assiette, puis vais la laver dans l'évier. Raphaëlle finit à son tour, et me regarde d'un air implorant.

"J'ai compris, va. Yaourt à la myrtille?"

Elle acquiesce. Le frigo est la seule chose que j'ai refusé de voir changer de place.

***

Bon allez, je m'arrête là... Je reprendrai peut-être plus tard.

A part ça, ce soir, c'est pasta carbonara.